-- D'avril à juin 2011

Conférence donnée au Caire, en mai, juin 1972 aux Carmélites de Matarieh.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte (sur cet enregistrement, un léger bruit de fond est perceptible lors des silences méditatifs et priants du Père):

 

             " Noverim me, noverim te. " Saint Augustin, dans les Soliloques, Saint Augustin écrit ces mots : " Que je me connaisse, que je te connaisse. " Est-ce que ces deux mots sont équivalents ? Est-ce que ces deux mots se situent sur le même plan ? " Que je me connaisse, que je te connaisse. " Est-ce que se connaître soi-même et connaître Dieu, c'est une seule et même chose ?          

            Ce que nous pouvons constater immédiatement, c'est en effet l'extrême difficulté, la quasi-impossibilité de nous connaître nous-même. C'est d'ailleurs un des aspects, peut-être le plus profond, de la misère humaine, cette sorte d'impossibilité pour l'homme de se connaître et nous pouvons le vérifier très facilement sur nous-même.

Comment nous connaissons-nous nous-même ? Il est très rare que nous puissions nous poser la question d'une manière assez profonde pour prendre conscience du problème lui-même. Nous avons l'habitude de nous-même. Nous voyons le monde à travers nous-même et il est très rare que nous nous remettions en question nous-même : je suis ce que je suis. Voilà : j'ai tel caractère, j'ai tel tempérament, j'ai tels goûts, j'ai telles sympathies, j'ai telles antipathies et je ne puis faire autrement parce que je suis ce que je suis. Il faut bien que je m’accepte comme je suis, c’est ce que disent beaucoup de gens: il faut s'accepter soi-même.

Bien sûr, mais qui est soi-même ? Qui est soi-même ? Qui est ce " je " et " moi " ? Nous arrivons toujours finalement à découvrir, quand nous réfléchissons un peu, à découvrir que ce " je " et " moi " est préfabriqué, que ce n'est pas nous qui l'avons créé, que nous le subissons et que ce n'est donc pas nous. Nous n'avons aucune raison de dire " je " et " moi " sur ce qui s'impose à nous, sur ce que nous avons hérité, sur ce que notre organisme nous impose. Et pourtant, pratiquement, c'est bien ce que nous faisons, ce que font l'immense majorité des hommes et des femmes : ils sont ce qu'ils sont et ils ne vont pas plus loin.

            Et c'est parce que nous n'arrivons pas à nous connaître, c’est parce que nous n'arrivons pas au fond de nous-même, jusqu'à la racine de notre être que tous les problèmes sont en porte-à-faux, tous les problèmes sont déséquilibrés, le problème de Dieu comme les autres.

On parle de Dieu comme on a l'expérience de Dieu et on a l'expérience de Dieu comme on a l'expérience de soi-même. Il faut aller jusqu'au fond du fond du fond pour que, il y ait quelque chose de changé. Et comment aller jusqu'au fond du fond du fond ? C'est évidemment une espèce de grâce, c'est une espèce de don, c'est, en tous cas, une expérience que l'on fait ou que l'on ne fait pas. Celui qui arrive jusqu'au fond de lui-même, il sait que, il ne se trouve lui-même qu'en face de cette Présence cachée au fond de lui-même qui est, justement, le Dieu vivant.

C'est l'expérience de saint Augustin que nous avons si souvent rappelée, du moins Augustin l'exprime admirablement : il n'arrive à lui-même qu'à travers Dieu et c'est en Dieu que, il devient réellement lui-même. Quand on arrive à ce point, quand la grâce nous en est donnée, on fait cette expérience que on se trouve précisément au moment où l'on ne pense plus à soi, où l'on cesse de se regarder et où l'on est suspendu à cette Présence intérieure à nous-mêmes. C'est à ce moment-là que, on sent qu'on atteint le fond. On ne subit plus sa vie. On ne subit plus son " je " et " moi " préfabriqué. On respire dans une espèce de liberté pleine de silence et de lumière en face de Quelqu'un que l'on perçoit autant que l'on se perçoit soi-même, car ce n'est pas là une expérience chimérique, ce n'est pas là une invention, ce n'est pas un rêve. C'est au contraire la seule manière réelle de se percevoir soi-même en étant aussi sûr de la Présence de Dieu que de la sienne propre. On les vit en même temps parce que, justement, on se vit soi-même comme une relation, comme un regard vers Dieu.

Et cette expérience est totalement certaine, mais elle est totalement inconnue de ceux qui ne l'ont pas faite. Celui qui n'a pas fait cette expérience, au moins une fois dans sa vie, il ne peut pas comprendre de quoi il s'agit. Comme il n'arrive jamais jusqu'à lui-même, il n'arrive jamais jusqu'à Dieu, jusqu'au vrai Dieu. Il a une idée de Dieu. Il peut parler de Dieu. Il peut enseigner Dieu. Il lui manque toujours quelque chose d'essentiel qui est d'avoir connu Dieu en devenant lui-même et, parce que il n'a pas fait cette expérience, il est exposé à beaucoup d'erreurs, précisément parce que, il est tenté de prendre les choses par le dehors. Il étudiera la Bible. Il lira l'Evangile. Il sera éventuellement un théologien, un prédicateur renommé mais, faute de cette lumière centrale, il n'arrivera jamais à atteindre le sens du mystère.

Alors nous voyons, justement, que le mystère de Dieu et le mystère de l'homme, c'est toujours le même mystère. Il est aussi difficile de nous connaître que de connaître Dieu. C'est pourquoi, lorsqu'on se connaît vraiment, on connaît Dieu et réciproquement.

Et cela vaut naturellement de nos rapports avec les autres. Qui sont les autres ? Les autres, nous les voyons du dehors, nous voyons leur visage extérieur, nous connaissons peu à peu leurs habitudes, leur tempérament, leur caractère, leurs réactions et nous nous faisons un schéma de leur personnalité et nous nous disons : voilà, il est tel ou elle est telle. Nous les classons dans une certaine catégorie et nos rapports avec eux ou avec elles sont conformes à ce classement.

Mais c'est le même problème à l'égard des autres qu'à l'égard de nous-même. Nous ne pouvons jamais les atteindre dans leur réalité éternelle, dans leur réalité profonde si nous ne passons pas par le regard et par la Présence de Dieu, j'entends le même Dieu qui est la respiration de notre liberté, le même Dieu qui est l'espace intérieur qui s'ouvre en nous quand nous ne sommes plus qu'un regard vers lui. C'est dans la même lumière, et seulement dans la même lumière, que nous pouvons atteindre les autres. Si bien que, finalement, la connaissance de soi-même, la connaissance des autres et la connaissance de n’importe quoi, parce que la connaissance de la nature, la connaissance des vérités expérimentales, des vérités physiques, enfin la connaissance de n'importe quoi, ne peut jamais s'accomplir autrement que dans la lumière de Dieu.

Dieu est la seule lumière. Dieu est vraiment le jour de notre esprit, tellement que nous ne pouvons vivre humainement, au sens plein du mot, que, en faisant oraison sur la vie, en faisant oraison sur nous, sur les autres, sur la nature, sur tout l'univers, qu'en faisant oraison tout le jour et tout le temps de notre existence.

Je pense que c'est là la contemplation dans ce qu'elle comporte de plus essentiel. On peut être tenté - et on, on l'est souvent - de voir dans la contemplation une sorte de spéculation, de réflexion sur un thème donné : je vais ouvrir un livre et je vais lire un passage de ce livre qui est une méditation - mettons sur le mystère de l'Ascension - et je vais essayer de conduire ma pensée suivant les idées développées par l'auteur. Ca me prendra un quart d'heure, une demi-heure. J'en retirerai une certaine leçon qui sera favorable au développement de ma vie spirituelle. Et voilà : j'aurai médité ou j'aurai contemplé, c'est-à-dire qu'on est tenté de faire de l'oraison, de la contemplation une sorte d'étude, d'étude d'un domaine particulier, et tout cela est d'ailleurs parfaitement légitime et peut être très utile, voire nécessaire.

Mais il me semble que l'essentiel de la contemplation, c’est celle qui nous fait devenir, c’est celle qui nous fait exister ; c’est elle qui nous tire de notre prison, c’est elle qui nous libère, c’est elle qui nous ramène à nos racines, c’est elle, enfin, qui nous fait naître, naître, à notre humanité authentique.

" Que je te connaisse, que je me connaisse ", que je trouve dans le silence de tout mon être, que je trouve ce dialogue, que je rencontre ce visage, que je sois de nouveau un pur élan vers lui, que je me perde en lui, que je cesse de me voir en le regardant, alors toute la vie reprend sa grandeur, toute la vie atteint à sa véritable dimension, toute la vie, comme dit saint Augustin, est vivante.

C'est évidemment à partir de là que tout s'éclaire et, c'est en y revenant que toutes les difficult.., toutes les difficultés peuvent être surmontées, mais il s'agit, évidemment, d'une expérience. Si vous pensez à la mort, vous pouvez vous livrer à toutes sortes d'imaginations sur votre mort, sur ce qui adviendra après votre mort, sur le jugement qui s'exercera sur vous, sur la béatitude dans le ciel, mais vous risquez ici d'être prisonnières d'images qui n'ont pas de racines en vous. Il est évident que le problème de la mort sera vécu d'une manière tout à fait différente si je vois dans la mort un thème à méditer, une sorte de spéculation, de réflexion sur cet événement, d'ailleurs, totalement inconnu.

Si je commence par vivre dans le silence, si je retrouve au fond de moi-même la Présence unique, si je suis à l'écoute de cette musique silencieuse dont parle saint Jean de la Croix, enfin si de nouveau je suis suspendu au cœur du Seigneur, je suis déjà dans l'éternel, je vis l'éternité, je triomphe de la mort, tout mon être se recueille dans cette lumière. Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus mes besoins physiques. Je suis là simplement un regard vers lui. Le problème de la mort en quelque sorte a disparu, puisque je vis l'éternité. Que je sois physiquement dans ce monde ou pas, cela ne change finalement rien, puisque je suis déjà enraciné dans la source de la vie infinie.

Vous vous rappelez Mère Marie du Cœur de Jésus, celle qu’on appelait « la petite mère », vous vous rappelez, quelle peur elle avait de la mort. Elle était terrorisée par la pensée de la mort et elle savait au fond pourquoi. Elle savait au fond qu'elle ne s'était pas quittée elle-même. Elle savait que elle n'avait fait au Carmel que ce qu'elle avait voulu, que, on l'avait flattée parce qu'elle avait de l'argent, qu’on l’avait laissé faire tout ce qu'elle voulait parce qu'elle apportait de l'argent et que, par conséquent, elle n'avait jamais eu à obéir puisque, on lui laissait faire toutes ses volontés.

Elle a donc pu s'installer toute sa vie dans sa volonté propre. Toute sa vie, elle a pu commander. Toute sa vie, elle a pu disposer des autres, selon son tempérament, selon ses antipathies ou sympathies. Et Sœur marie de l’Incarnation aurait pu dire combien elle était l’objet de son antipathie. Et « la petite mère » le savait. Elle était assez intelligente pour comprendre que elle n’avait été une carmélite, qu’une carmélite de papier. Elle parlait comme un livre, bien sûr, mais elle savait très bien elle-même où elle en était, du moins elle savait très bien que, elle n'était pas dans sa vocation, qu'elle ne l'avait pas réalisée parce que tout, précisément, avait été organisé par les autres pour qu'elle ne pût pas réaliser sa vocation.

Et cette terreur de la mort a été chez elle, précisément, la prise de conscience de sa situation. C'est d'ailleurs, si l'on peut dire, ce qui était si émouvant en elle et si positif, c'est que elle ne s'est pas trompée elle-même. Elle a été au fond, elle a été au clair sur sa situation et elle a compris que, elle n'était pas conforme à ce qu'elle avait voulu, lorsque, elle était entrée au Carmel.

Et la grande grâce qui a été faite, ça a été précisément de recevoir avant de mourir cette visite de Dieu, de recevoir la paix de Dieu, d'être enfin délivrée d'elle-même. Et, si j'évoque son cas, ce n'est pas du tout dans une pensée de blâme et de jugement - j'ai pour elle la plus profonde gratitude parce que, elle a été extrêmement bonne à mon égard - si je l'évoque, c'est parce que c'était précisément une intelligence supérieure, c'est parce que, elle était entrée au Carmel certainement avec la volonté d'un don total, c'est parce que l'erreur où elle a été engagée par le manque d'intelligence et la faiblesse des autres qui avaient besoin de son argent, c'est parce que tout cela a été pour elle un grand drame, une immense épreuve, c'est parce qu'enfin elle en a été consciente, c'est parce que, elle ne s'est pas menti à elle-même et que, par conséquent, elle était prête à recevoir la grâce au moment où elle lui serait donnée.

Cela veut dire que, ce n'est pas une question d'intelligence, ce n'est pas une question de culture, c’est pas, ce n'est pas une question d'information. On peut avoir lu les mystiques. On peut les savoir par coeur. On peut les citer. On peut être plein de bons conseils pour les autres. Ca ne change rien en sa propre existence. Ca ne change rien si on n'a pas été introduit dans ce sanctuaire secret qui est vraiment le Saint des Saints où s'accomplit la rencontre unique, où on devient soi dans l'Autre (majuscule).

Et nous pourrons donc nous souvenir de « la petite mère », précisément pour compatir en quelque sorte à cette épreuve qu'elle a vécue dans la terreur, au moins les dernières années de sa vie, cette épreuve qu'elle a fait peser d'ailleurs sur les autres - forcément, puisque c'est elle qui tenait tous les leviers de commande - nous pouvons penser à elle avec compassion, avec amitié, sachant que nous pouvons la rejoindre en Dieu et que, elle a trouvé Dieu, qu'elle a eu cette grâce de la délivrance, qu'elle est née finalement à son vrai moi lorsque, elle a découvert Dieu comme une Présence qui l'attendait au fond d'elle-même.

Pour nous, nous avons constamment à revenir à ce centre. D'ailleurs c'est là le seul critère, la seule pierre de touche dont nous puissions disposer. La vie spirituelle authentique aboutit à ce " Noverim me, noverim te ", à ce mystère de l'homme et à ce mystère de Dieu qui circulent l'un dans l'autre, qui sont inséparables l'un de l'autre et qui contiennent toute lumière.

C'est cela qu'au fond devrait réaliser une communauté religieuse. Une vraie communauté, elle serait axée sur cette oraison continuelle, sur la vie, sur cette attention à la Présence de Dieu en soi et dans l'autre, identiquement en l'autre et en soi. Une communauté authentique serait une communauté où la présence de Dieu circulerait entre tous les membres de la communauté comme une commune respiration. Et c'est par-là que, une véritable communauté exercerait son apostolat, car il n'y a pas d'action plus grande et il n'y a pas d'action efficace en dehors de celle-là. Ce qu'une communauté monastique a à donner, c'est justement cela qui est tout, puisque c'est le don à la fois de l'humanité et de la divinité, c'est le don de l'univers et de Dieu.

Quand notre Seigneur parle de la perle du Royaume, cette perle incomparable qu'il faut acquérir en donnant tout, en vendant tout pour l'obtenir, c'est qu'en effet, cette perle du Royaume, c'est le secret de toute la création.

Que, que valent les arguments - les arguments pour ou contre - pour celui qui vit dans ce dialogue avec Dieu au coeur de son coeur ? Il est dans l'évidence. Il est dans la certitude. Il est dans l'éternel. Il est libre, mais il ne peut témoigner de cela justement qu'en le vivant.

Où en étaient les Apôtres ? Où en étaient les Apôtres au jour de l'Ascension ? Qu'est-ce qu'ils attendaient ? Nous avons entendu ce matin, à travers les Actes des Apôtres, que leur dernière question c'était : " Est-ce en ces jours-là que tu, réta..réta..réta.. rétabliras le Royaume en faveur d'Israël ? " Comme ils sont loin en apparence, comme ils sont loin ! Ils pensent encore au Royaume d'Israël après la passion, après la crucifixion, après la résurrection. Dans le dernier entretien qu'ils ont avec le Seigneur, ils pensent encore au Royaume d'Israël ! Toute cette période, depuis le Vendredi Saint, toute cette période jusqu'à l'Ascension, est comme en suspens.

Que signifie la crucifixion? Que signifie la résurrection ? Les apôtres ne le voient pas encore. Ils se réveillent de cet affreux cauchemar qu'a été pour eux la mort du Seigneur. Ils se réjouissent de le retrouver vivant. Et puis ils sont convaincus qu'il est de nouveau vivant, plus ils s'attachent à la réalisation de leur vieux rêve. Donc ce qui ne s'est pas passé avant, va se passer après : " Nous allons enfin entrer dans l'époque triomphale où sera rétabli le règne en faveur d'Israël ! "

Il faudra bien sûr le baptême de feu de la Pentecôte pour que tout ce Royaume s'intériorise et qu'ils le découvrent au fond d'eux-mêmes. Ce sera le grandissime miracle, celui qui les transformera et qui leur fera découvrir le Seigneur comme intérieur à eux-mêmes. Est-ce à dire que, ils ont tout compris ? Sont-ils en état de tout comprendre ? Si on peut se fier à la chronologie, aux dates traditionnelles, si les deux grands apôtres Pierre et Paul sont mort en 67 ou avant, ils n'ont pas vu la catastrophe qui a abouti à l'incendie du temple de Jérusalem dont ils avaient admiré la grandeur et la majesté. Dans            quelle mesure ont-ils tout compris ?

Nous les voyons, après la Pentecôte, nous les voyons fréquenter le temple, fréquenter le temple, prier à la manière juive, tout en priant, bien sûr, à la manière chrétienne dans la fraction du pain en célébrant l'Eucharistie. Mais se sont-ils rendus compte ? Saint Paul, oui sans doute, puisqu'il a été le grand adversaire de la Synagogue après avoir été le persécuteur de l'Eglise, mais les autres ? Est-ce qu'ils se sont rendus compte que la rupture était définitive, qu'Israël pour Dieu avait cessé d'exister, que le mystère de Dieu était vraiment tout à l'intérieur de l'esprit et du coeur humains ? En tous cas, ce que nous pouvons dire, c'est que, dans la vie de L'Eglise inaugurée par eux au jour de la Pentecôte, dans la vie de l’église, cette lumière n'a pas cessé de se faire jour et de produire les fruits les plus éclatants de sainteté, dans la mesure où, justement, la perle du Royaume a été cherchée au-dedans.

Bien sûr que c'est la minorité des chrétiens dans tous les âges, c'est la minorité - et une petite minorité - qui a fait cette découverte essentielle. Mais enfin, elle est au coeur de l'Evangile comme elle est au coeur de la Trinité qui est notre première origine.

La crise de L'Eglise, évidemment, elle ne se serait pas produite si la connaissance de l'homme avait été puisée dans la connaissance de Dieu, si le mystère de l'homme avait été perçu et reconnu comme aussi profond que le mystère de Dieu. Il n'y aurait pas eu de problème si chacun des prêtres ou des moines ou des religieuses, si chacun s'était trouvé en contact avec lui-même à travers le regard de Dieu.

Il y a donc une erreur sur Dieu et une erreur sur l'homme, la même, au même niveau, car dès qu’on se trompe sur Dieu, on se trompe sur l'homme et réciproquement.

Nous avons donc nous-même à ressaisir cette vérité et, justement, la crise de l'Eglise nous y invite avec une extrême urgence, car nous pouvons contribuer à la solution de cette crise en recouvrant ce dialogue silencieux avec le Seigneur, en faisant oraison sur la vie, sur la nôtre, sur celles qui nous entourent, sur tout l'univers et toute la création.

Les Apôtres, au jour de l'Ascension, tandis qu'ils regardent vers le ciel atmosphérique, vers le ciel matériel pour y retrouver le Seigneur disparu, ils sont avertis de cesser cette attente. Ils sont avertis finalement de retourner ou plutôt de découvrir le ciel intérieur à eux-même. C'est là le vrai ciel. C'est là qu'ils rencontreront leur SeignNoverim Me, Noverim Te, Que je me connaisse, que je te connaisseeur. C'est là qu'il les attend pour leur donner la plénitude de la vie, pour les révéler à eux-mêmes, pour qu'ils connaissent leur propre visage dans le miroir de la Présence unique.

Et c'est le message de l'Ascension pour nous : ne pas regarder vers le ciel atmosphérique, retourner au ciel intérieur. C'est là la grande merveille, c'est là la source de toute connaissance et de toute grandeur, c'est là la racine de toute liberté et de toute inviolabilité. C'est là que le mystère de l'Eglise s'accomplit dans le mariage d'amour avec Dieu. Il n'y a donc rien que nous ne puissions demander avec plus d'instance que la grâce du silence et du recueillement, un regard intérieur sur toute chose, un regard qui passe par le regard de Dieu, un regard qui se nourrit de sa Présence.

" Maranatha ", disaient les premiers chrétiens, " Seigneur, viens " et, justement, le Seigneur vient, il vient toujours, il vient à chaque instant à travers l'univers. Il vient à chaque instant à travers notre prochain. Il vient à chaque instant à travers le mystère de nous-même.

" Noverim me, noverim te ", " Que je te connaisse et que je me, que je me connaisse et que je te connaisse ». Quand on est là, au centre, même quand on n'a, on n’en a seulement le pressentiment, on a l'impression que, on a construit d'immenses systèmes pour rien, parce que, on n'a atteint ni l'homme ni Dieu.

Et voilà que le Christ nous offre, lui qui est venu pour rendre témoignage à la vérité, le Christ nous offre à la fois toute la création, toute l'humanité, toute l'histoire, toute la beauté du monde, toute la grandeur de l'homme, toute l'éternité de la tendresse humaine.

Il nous donne tout cela dans ce cœur à coeur avec lui dans lequel nous allons entrer, précisément, en implorant les uns pour les autres, la grâce du silence qui est la seule parole qui puisse nous donner la lumière.

A Lausanne, le dimanche 2 octobre 1960.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

 

Ce matin, à cinq heures, le jour se levait dans une lumière indécise, verte ou bleue, comme s'il semblait sortir d'un écrin. Les montagnes se profilaient, vaporeuses, sur l'immobilité du lac et le silence régnait sur toute la nature. On n'entendait que les premiers chants des oiseaux. Il semblait que l'homme ne fût pas encore né. Aucun bruit ne signalait sa présence. La nature semblait renouvelée, et respirer dans l'aube virginale. Et je songeais que, tout à l'heure, les bruits de l'homme allaient recommencer, que les journaux, la radio allaient nous apporter toutes ces nouvelles passionnées qui signalent par toute la terre ces foyers de haine et de ressentiment: qu'il nous faut entendre ces coups de poing sur la table, en évoquant chaque jour de nouvelles menaces de guerre.

            Et je pensais qu'en effet, seul, le silence, le silence des choses, ce silence de la nature, ce silence de la lumière, ce silence du chant des oiseaux lui-même, que ce silence seul pouvait faire contrepoids à toute la folie des hommes qui se servent de leurs plus belles découvertes pour se mesurer et se menacer.

Et il me semblait que la leçon qu'il fallait tirer, tirer de tout ce spectacle, c'était justement que seul, le silence, le silence vécu, le silence respiré, le silence qui est une vie, que seul le silence pouvait sauver l'humanité de la destruction et de la folie. Et je songeais à cet homme, cet homme unique peut-être dans notre siècle, cet homme qui s'appelait Gandhi, Gandhi qui, pendant quarante ans au moins, pendant quarante ans a pu tenir dans sa main un peuple de 400 millions d'hommes qui réclamaient justement leur liberté, sans se livrer jamais à aucune violence de fait ni de langage, traitant ses ennemis comme des amis, voulant les amener à réaliser la justice qui était la seule chose qu'il réclamait, et puisant toute sa force dans cette petite voix qu'il ne cessait d'écouter au fond de lui-même.

Car c'est là l'immense grandeur de cette aventure unique dans notre temps, qu'un homme fragile, dont la santé tenait à un fil, ait manifesté une puissance unique, ait pu vaincre un empire et préserver tout un peuple de l'injustice et de la violence parce que, il écoutait continuellement en lui le silence de Dieu.

C'est dans ce silence de Dieu, en effet, que les débats peuvent se dépassionner, car dans le silence de Dieu, on apprend la dignité de l'homme, on apprend que, une seule chose importe, c'est d'être vrai, c'est d'être juste, que le Royaume de Dieu, c'est l'homme lui-même quand il est ouvert à la lumière et à l'amour et que tous les hommes ont en eux cette capacité de devenir le Royaume de Dieu.

Et c'est justement ce que voulait Gandhi : il ne voulait pas que son peuple parvînt à la liberté illusoire par le ressentiment, par la haine. Il savait que, seule en nous mérite la liberté, cette dignité humaine qui est la source de tout ce qu'il y a dans le monde de grandeur et de beauté. Il savait que cette dignité humaine, elle repose sur un sens aigu de la justice et de l'amour; et que l'homme qui a conquis cette dignité, que l'homme qui est au-dessus de la violence et de la haine, obtiendra nécessairement ses droits, c'est-à-dire le droit d'être dans l'humanité un espace de lumière et d'amour.

Pour nous, il est absolument indispensable, si nous voulons garder notre équilibre et si nous voulons être, dans le monde, le ferment d'une paix chrétienne, il est indispensable de revenir continuellement au silence. Il est impossible de lire les journaux, impossible d'entendre la radio, sans avoir cette impression que toutes les nouvelles sont empoisonnées, parce qu'elles sont toujours présentées, sous un aspect ou sous un autre, comme un conflit qui, à travers les peuples qui cherchent aujourd'hui à affirmer leur liberté, oppose continuellement ces deux blocs, factices, artificiels, où les hommes s'opposent et se déchirent, en oubliant qu'ils ont un intérêt essentiel en commun qui est justement celui, justement, d'être des hommes, de pouvoir parvenir à la même dignité et d'échanger, les uns avec les autres, ces trésors de la vérité et de l'amour.

Nous ferons une oeuvre infiniment plus utile à la paix du monde en nous recueillant tous les jours, en cherchant à retrouver au plus profond de nous-mêmes la Source éternelle, en écoutant comme Gandhi la petite voix qui ne cesse de parler à celui qui écoute. Nous ferons une oeuvre infiniment plus utile qu'en nous lançant dans de vaines discussions, dans des propos stériles qui ne font que, envenimer les passions.

Car les hommes, très aisément, pourraient se rencontrer. Ils se retrouveraient frères infailliblement, dans la mesure justement où chacun consentirait à se démettre de lui-même en écoutant l'appel de sa vie intérieure.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus justement doit toute sa grandeur, qui est immense, au fait que, elle a donné sa vie en se cachant dans le silence de Dieu. Elle avait compris l'appel du monde, elle avait entendu le cri de toutes les détresses humaines, elle avait entendu plus profondément encore le cri de la douleur divine et elle voulait collaborer, avec tout l'élan de sa foi et de son amour, collaborer à l'établissement du Règne de Dieu ; et c'est pourquoi elle se cachait dans le silence du Christ. Et, dans ce couvent, où elle accomplissait les travaux les plus quelconques, les plus insignifiants, elle émettait dans le monde toutes ces vagues de lumière et d'amour, ces ondes de lumière et d'amour qui devaient le soulever vers Dieu.

Vous voyez quand un enfant joue au bord du lac, qu'il jette un caillou dans l'eau, la chute de la pierre amène la formation de ces cercles qui s'élargissent de plus en plus et qui finissent par gagner, à peine visibles, l'autre rive. Eh ! bien, notre vie, elle est justement le foyer d'ondes de lumière ou de ténèbres, selon notre choix, qui se répandent sur le monde entier.

Demandons à Dieu, en lisant le journal, en écoutant la radio, demandons à Dieu, de faire tomber toutes les barrières qui séparent les peuples en faisant d'abord tomber toutes les frontières qui empêchent notre âme et notre cœur d'être universels.

Car, si nous arrivons chaque jour à retrouver le trésor du silence, si chaque jour, nous allons jusqu'au fond, jusqu'à la rencontre avec la source éternelle, si notre prière est d'abord une audition de la parole intérieure, une attention donnée à la petite voix de Dieu, au plus intime de notre coeur, nous aussi, nous porterons, comme sainte Thérèse, nous porterons la lumière du monde, nous diffuserons ces ondes de clarté et d'amour qui, peu à peu, purifieront l'atmosphère de ses débats passionnels et amèneront les hommes à comprendre qu'ils peuvent se rencontrer dans le respect du bien infini qui est confié à toute conscience humaine.

Nous voulons donc ce matin, dans ce pays de merveilles où il nous est donné de découvrir toute la splendeur du monde, nous voulons demander à Dieu d'entrer dans le silence de l'aube, dont la lumière commence à renaître, d'entrer dans le silence des chants d'oiseaux, d'entrer dans le silence de Gandhi, dans le silence de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, dans le silence infiniment profond et bouleversant du Christ-Eucharistie, afin que, cachés dans la lumière de Dieu, nous apportions au monde ce ferment de paix et d'amour qui peut seul le sauver. Quelle merveille si chacun de nous pouvait ce matin, en se recueillant au plus intime de lui-même, se charger de toute la lumière du Christ et écouter, comme dit saint Ignace d'Antioche : les mystères de clameur qui s'accomplissent dans le silence de Dieu !

A Lausanne, le 12 décembre 1965, au Sacré-Coeur d'Ouchy.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

 

Il nous paraît fantastique, n'est-ce pas, à nous qui avons l'habitude de citer Jean Baptiste dans le Confiteor, il nous paraît fantastique que un des derniers mots de ce prophète adressés à Jésus soit un mot dubitatif. Il paraît fantastique que ce martyre se meure en se demandant si celui qu'il avait montré du doigt comme l'Agneau de Dieu était bien celui qui devait venir ou s'il fallait en attendre un autre.

Mais si nous rapprochons cet épisode de celui du recouvrement de l'enfant Jésus au Temple, si nous nous rappelons que l'évangéliste Luc note que Marie et Joseph ne comprirent pas l'enfant lorsque il leur déclara, après avoir, être resté, trois, trois jours, séparé d'eux, qu'il devait être aux affaires de son Père, si nous songeons que même la Vierge Marie, tout en gardant ces paroles dans son cœur, n'arrivait pas à en épuiser le contenu, il ne nous paraîtra pas impossible d'admettre, bien au contraire, que Jean le Baptiste qui est certainement beaucoup moins avant dans les secrets de Dieu que la très Sainte Vierge elle-même, se soit demandé finalement si les voies de Jésus correspondaient avec ce qu'il avait annoncé : il avait annoncé en effet le jugement de Dieu, le Jour de Yahvé, le jour terrible, le jour de la vengeance, le jour où Dieu s'explique avec ses ennemis et les défait par une seule parole de sa bouche, ce Dieu terrible, ce Dieu impassible, ce Dieu qui est le dernier mot, celui qui n'a pas besoin d'armée pour vaincre ses adversaires, comment serait-il reconnu sous les traits de ce prédicateur patient, qui se mêle aux foules, qui n'annonce pas le feu du ciel, qui se commet avec des pécheurs, qui les reçoit à sa table ou qui se laisse inviter à la leur, comment cela répond-il aux prophéties ? 

Le sacrement de la Présence Réelle est le refuge de la contemplation, le ferment de la charité, l'ostensoir de l'humilité,

Il semble que ses voies sont trop douces. Il semble qu'elles ne correspondent pas à la puissance de Yahvé. Il faut nécessairement, si Dieu entre en scène, que rien ne lui résiste et c'est pourquoi Jean qui va donner sa vie pour la vérité, dans sa prison s'interroge et s'inquiète. Il ne reconnaît pas le Yahvé des prophètes, il ne reconnaît pas la toute-puissance qui va de soi quand il est question du Roi des rois et il n'est pas encore mûr pour accepter que la grandeur de Dieu se manifeste dans la faiblesse et dans la défaite.

Nous ne sommes peut-être pas mûrs non plus nous-même, nous qui avons fait de Dieu, si souvent, le bouche-trou de toutes nos impuissances et de toutes, de toutes nos ignorances. Nous sommes tentés de penser que, du côté de Dieu, tout est fait, qu'il n'y a rien à ajouter, que la pièce est jouée, que les jeux sont faits, que l'Histoire du monde est révolue, que nous ne sommes entre les mains de Dieu que des marionnettes dont il tire les fils et voilà justement que notre Seigneur, à l'opposé de l'image que l'on se fait de la puissance de Dieu, va nous apprendre que rien n'est fait, que tout reste à faire, que notre liberté a franc jeu, que là est le respect dont la croix est la mesure ; et que justement Dieu est la Pauvreté infinie, que Dieu ne peut rien en nous sans nous, qu'il est Dieu précisément parce que il est le souverain dépouillement et qu'il s'atteste comme Dieu au milieu de nous et au-dedans de nous, précisément parce que il ne peut faire violence à notre volonté, parce que il nous demande notre collaboration comme radicalement indispensable, parce qu'il fait de nous vraiment des créateurs avec lui d'un univers qui ne peut exister sans nous.

Et déjà nous sommes orientés vers l'avenir. Il ne s'agit plus d'une histoire au passé que l'on ressasserait dans une supplication vaine pour changer ce qui est immuable, puisque le passé est passé. Il s'agit d'un avenir. Il s'agit d'un monde à créer, d'un monde qui est remis entre nos mains, d'un monde nuptial, d'un monde d'amour que le Christ veut susciter en place de la vieille création en reconcevant en toutes choses, en récapitulant en nous l'univers. Il s'agit d'un monde nouveau, mais qui ne s'accomplira pas sans nous. Et c'est ce que le Baptiste ne pouvait comprendre, bien sûr. Il appartenait, il appartenait encore à l'Ancienne Alliance. Il imaginait Dieu avec en lui-même une puissance irrésistible. Il ne pouvait pas l'entrevoir encore avec le visage de la suprême Pauvreté.

L'Evangile d'aujourd'hui, justement, parce que il nous met en face de cette hésitation, parce qu'il nous confronte avec le plus grand des prophètes de l'Ancien Testament, le précurseur du Christ, parce qu'il nous rappelle l'ignorance de Marie et de Joseph, leur stupeur devant les voies de Dieu, ces voies toutes neuves inaugurées par l'Incarnation, l'Évangile d'aujourd'hui nous confronte, de même, d'une manière toute neuve d’envisager l’acte de foi, un acte de foi contre la puissance irrésistible d'un Dieu qui panique toutes choses par une seule parole de sa bouche, par un acte de foi dans une liberté fondée sur la Pauvreté absolue, dans une liberté qui n'est que la lumière d'une désappropriation radicale, dans une liberté qui fonde la nôtre en l'appelant justement à se constituer elle-même par le don de soi.

L'Évangile d'aujourd'hui nous met en face de ce monde tout neuf qui ne peut s'accomplir, qui ne peut surgir du néant que avec la collaboration de notre amour ; et l'Evangile d'aujourd'hui, en nous faisant mettre nos pas dans les pas de Jésus-Christ, nous demande de l'accompagner jusqu'au bout, d'accomplir ce plan mystérieux où le triomphe de Dieu doit s'accomplir dans la défaite de la Croix afin que nous sachions justement que, il ne s'agit pas pour nous d'attendre, les bras croisés, la réalisation d'un destin auquel nous n'avons aucune part, mais qu'au contraire nous sommes à pied d'œuvre pour construire avec Dieu un monde qui ne peut se passer de nous, un monde fondé sur l'amour, un monde dont la dimension créatrice est une dimension de générosité, un monde où Dieu lui-même s'est confié dans sa Pauvreté infinie, car Dieu est au fond de nous-même une attente éternelle.

Au fond de nous-même, le Christ veille, et fait jaillir, dans les profondeurs silencieuses de notre âme, ce De Profundis de Dieu qui va retentir aux secondes vêpres de Noël ; et, nous voulons justement nous avancer vers ce mystère adorable, non pas comme vers une chose éthique, une chose qui est déjà faite et qui s'accomplit, mais nous allons assumer ce Noël comme un programme d'action, comme un programme de vie, comme une révélation de l'initiative que nous avons à prendre, pour faire de notre vie un chef-d’œuvre digne de Dieu et digne de nous.

Dieu a besoin de nous. Il a besoin de chacun de nous, infiniment. A chaque instant, chacune de nos décisions décide de la figure du monde, décide du sens même de l'univers et c'est pourquoi, en écoutant le Baptiste exprimer son doute déchirant, notre regard, au contraire, à nous, s'illumine de joie car nous savons justement que si Dieu a un autre visage que celui qu'on lui donnait dans la vieille alliance, alliance, c'est qu'il se révèle à nous comme le Dieu du cœur humain, c'est qu'il se révèle à nous comme le Dieu de la grandeur humaine, c'est que, il nous signale, c'est qu'il nous révèle, la collaboration indispensable que nous avons à lui fournir ; c'est que non seulement il remet le monde entre nos mains, mais lui-même, puisque c'est la manière dont nous comprendrons, son appel et la réponse que nous donnerons à cet appel, qui donnera dans notre vie et dans la vie des autres, dans la mesure où la nôtre peut les influencer, qui donnera à Dieu son visage.

Oh ! Demandons que le visage de Dieu par nous ne soit pas mutilé, ne soit pas défiguré, ne soit pas caricatural, et que, en suivant les traces de la divine Pauvreté, en entrant dans ces abîmes de silence, en laissant le Christ se dire en nous sans y rien ajouter de nous-même, nous puissions montrer aux autres le visage de Dieu comme un visage de paix, comme un visage de grandeur et qui nous appelle à la grandeur, comme un visage qui nous révèle l'immensité de notre liberté, car les jeux ne sont pas faits ! Tout demeure à accomplir !

Dieu ne peut rien en nous sans nous, et c'est justement ce consentement proféré au plus intime de nous-même, ce consentement d'amour, qui fera de l'Evangile non pas un mot, un texte, un livre, mais qui fera de l'Evangile une vie débordante qui apportera silencieusement la lumière et qui révélera justement le visage du Christ comme un visage de paix aujourd'hui.

Au Caire, entre le 28 et 31 mai 1940.

 

Le sacrement de la Présence Réelle est le refuge de la contemplation, le ferment de la charité, l'ostensoir de l'humilité, le symbole de l'unité de l'Eglise, la fontaine de miséricorde et le sceau de la paix.

Le premier sentiment au contact du Saint-Sacrement est celui du recueillement et du silence. Le silence est nécessaire à tous.

Si les artistes et les savants, si médiocres dans leur vie privée, ne se livraient souvent au silence, ils n'auraient fait aucune création. Le silence laisse passer le courant qui met en contact avec l'éternelle vérité et c'est l'éclair de la vérité qui les émeut et qui nous émeut dans leurs oeuvres.

Les mystiques, eux, doivent tout au silence.

 Ils ont compris que, dans le recueillement, le Verbe de Dieu circule et nous découvre ses ineffables secrets.

On ne peut truquer le silence et les âmes qui ne le connaissent pas n'ont jamais atteint la vérité, la beauté et l'amour. Tout ce qui est grand et créateur est formé du silence.

Le bruit est symbole de barbarie, destruction, refus, fermeture, car comment y entendre les secrets silencieux du premier amour ? Le tumulte exile le Verbe.

Le silence est forme d'ouverture, de démission, de pauvreté.

S'il est impossible de rencontrer la beauté et l'amour en dehors du silence, c'est que Dieu est silence, comme il est pauvreté.

Quel privilège d'être enveloppés dans la sainte liturgie avec ce mystère du Verbe.

C'est la chose la plus bouleversante, la plus irrésistible de notre foi, la plus haute manifestation de l'amour de Dieu que la présence cachée, silencieuse, de Jésus au Saint-Sacrement.

Méditons le miracle de la Présence réelle. Tout est absence en dehors d'elle, absence et mort. Tout aurait été perdu dans l'Eglise, s'il n'y avait cette Présence.

Il ne serait jamais venu dans un esprit d'homme d'inventer pareille chose que la Présence réelle.

La Présence réelle est le refuge de la contemplation et l'une des choses dont nous souffrons le plus, ce sont les mots qui veulent exprimer Dieu. Et les erreurs contre la foi sont la conclusion logique de ces raison­nements pleins d'artificiel comme la prédestination, qui veut que Dieu ait oublié beaucoup d'hommes, les vouant au malheur éternel.

Il est impossible d'assimiler Dieu à un homme. Puisque la Présence réelle est l'éternelle attente, comment peut-il condamner des hommes, lui qui n'est qu'Amour ?

Le mystique n'ose pas dire ce qu'il pense, de peur de réduire Dieu. Et lorsqu'il est obligé de parler, il craint que l'âme qui écoute dise : " Ce n'est que cela, Dieu ? Et c'est tout ! " Ce n'est pas tout, mais il met sur la route, il lance l'élan du départ.

Devant ces blessures que nous impose le langage depuis celui du caté­chisme jusqu'à celui de la prédication, il y a un remède merveilleux : le silence de Jésus au très Saint-Sacrement. Il vaut mieux se cacher en Dieu pour adhérer par Jésus à tout l'inconnu de Dieu.

La Présence réelle est ferment de la charité. Il ne veut pas le mal puisqu'il est le bien et la Croix de Jésus nous enseigne qu'il est la première victime du mal. Il faut détester avec lui le mal, lutter contre lui, l'arrêter, mais il faut aller profond tarir la source du mal, en acceptant d'être avec lui victime du mal.

Nous annonçons la mort du Seigneur sur l'autel. Le Christ s'immole et c'est l'Amour qui se donne, c'est la victime qui reçoit tous les coups et qui veut vaincre la haine.

Aujourd'hui, en nous tournant vers le Saint-Sacrement, ce ferment de charité, nous voulons réparer le mal en nous identifiant à l'Amour. Si nous pouvions nous identifier à Jésus, il y aurait dans le monde quelque chose de foncièrement changé, mais Dieu seul peut nous tour­ner vers lui, nous donner la haine du mal qui n'implique aucun juge­ment sur l'intérieur des hommes qui le commettent. Tarir la source du mal en étant une offrande d'amour.

La Présence réelle est reposoir d'humilité. Ici se voile aussi l'huma­nité du Christ. Il ne pouvait choisir un lieu plus humble. Il ne pouvait se donner davantage. C'est pour lui, l'Incarnation et le Lavement des pieds jusqu'à la fin des siècles et l'expression la plus émouvante est cette condition de chose en quelque sorte à laquelle il s'est livré dans le Saint-Sacrement.

A quoi bon prétendre ? Si Dieu est au dernier rang des choses, la seule grandeur est de se donner, et comment ne pas comprendre que pour agir, il faut choisir la dernière place comme au Lavement des pieds. Lorsqu'on veut châtier, notre orgueil ne fait que s'exaspérer. Nous ne pouvons discerner ce qui, en nous, est impuissant et estimable et n'acceptons pas d'être jugés par des hommes et critiqués. Le Christ nous a révélé la grandeur suprême de l'amour qui se met au dernier rang et, par son seul silence, Jésus nous guérit de l'orgueil, de ce retour sur soi-même qui nous rend opaque à la lumière divine, parce que lui seul a respecté en nous tout ce qui peut vivre éternellement.

Quand Jésus rencontre la femme adultère, ce qui la guérit, ce sont les yeux baissés de Jésus. Jésus les baisse encore au Saint-Sacrement. Il est sans reproches, sans jugements, il est tout Amour.

Les yeux baissés du Christ sauvent l'homme du désespoir parce qu'il pardonne toujours et fait jaillir de nouveau l'acte d'amour. Comment être impitoyable pour les autres devant les yeux baissés qui attendent le pêcheur, au jour et à l'heure où il voudra ?

Le Saint-Sacrement est le symbole de l'unité de l'Eglise. Si le Christ nous a donné rendez-vous dans l'Eglise, c'est parce qu'il veut notre cœur aussi vaste que le sien, pour nous rendre présents à toutes les âmes, à toutes les choses, à toute l'Eglise qui est le refuge actuel de l'humanité séparée par la haine. Il faut que l'Eglise demeure, qu'elle soit catholique, en chacune de ses nations, où existent des chapelles où le Saint-Sacrement, comme signe de ralliement universel, de catho­licité. Jamais, comme aujourd'hui, l'unité de l'Eglise n'est plus menacée intérieurement par la barrière de haine dans les âmes. Remercions Dieu de nous avoir donné le pape au-dessus des nations, sinon l'unité de l'Eglise n'aurait jamais pu exister.

On ne peut pas rester impassible devant les crimes, on ne peut pas ne pas penser à la patrie et à la France. Nous ne pouvons pas ne pas demander à Dieu de la garder, ne pas penser à la Hollande et à la Belgique envahies, sans faute de leur part. Nous ne pouvons pas ne pas être avec eux. Et pourtant, nous ne pouvons non plus oublier que nous avons la charge de la Catholicité de l'Eglise. Quelque fort que soit notre amour pour la patrie, nous ne pouvons lier le sort de Dieu au sort de notre patrie. Ce qu'il faut sauver avant tout, c'est le règne du Christ et la catholicité de son amour et ressentir avec douleur que toutes les blessures faites aux hommes sont faites au cœur de Dieu qui souffre comme une mère souffre de la douleur de ses enfants.

Il faut que nous ressentions comme une blessure personnelle chacun des coups qu'on donne à Dieu.

Si les hommes de guerre qui remplissent le monde de haine et de mort pouvaient s'arrêter pour écouter leur âme, ils se prendraient en horreur et se verraient comme une caricature de l'humanité qui fait le déshonneur de l'homme et de Dieu.

Demandons à Dieu de ne pas ajouter à l'horreur de la guerre, l'horreur de perdre la liberté de l'esprit, le sens de l'avenir de l'esprit, la foi dans le règne de Dieu, la possibilité du pardon.

Dilatons notre amour en demandant à Dieu de le rendre d'autant plus grand que le mal est plus épouvantable.

La patrie n'est sauvée que dans la mesure où elle est consacrée. Que Dieu ait le dernier mot et que le Christ remporte la seule victoire ! Qu'il y ait une cité de Dieu où règne la tranquillité de l'homme, où règne le Prince de la Paix et du Silence !

L'Eglise est la ligne verticale de l'Esprit.

M. Z. fait le rêve d'une église nommée Aghia... Saint Silence comme Aghia Sophia est Sainte Sagesse, où la liturgie sera le chant d'amour. Cette basilique du silence, chacun peut la construire en soi.

Ne parlons pas de cette guerre, pensons-y devant Dieu pour mériter le retour de la paix

Une pauvre femme disait un jour : " Ce qui est le plus dur pour nous, les pauvres, c'est qu'on ne nous aime pas. Personne ne nous demande notre cœur, personne n'a besoin de lui, personne ne veut notre amitié ''.

Dieu est Amour, il faut l'aimer et le faire aimer en aimant.

Quand nous dormons, nous continuons à vivre, parce que Dieu, lui, ne dort pas..

En 1928, chez les Bénédictines de la rue Monsieur, à Paris.

 

L'objet formel de la Révélation : la vie divine telle qu'elle est en soi trouve son expression suprême dans le mystère de la Sainte­ Trinité. C'est de ce centre lumineux d'où rayonnent tous les autres mystères, toutes les doctrines et toute la vie chrétienne. L'Incarnation ne tend qu'à la manifester et à nous en rendre l'accès par la grâce qui nous proportionne à lui. L'Eglise n'est que l'humanité, idéalement tout au moins, rendue participante de la Trinité divine.

C'est par ce mystère que nous entrons autant que le comporte notre état présent dans les profondeurs de Dieu. L'unique nature divine s'épanouissant dans une triple personnalité consubstantielle, en une triple relation subsistante dont chacune s'étoffe de tout l'être divin.
C'est ainsi qu'on peut l'énoncer.
L'essence signifiant l'aptitude d'exister à tel degré d'être naturel. C'est cette même essence en tant qu'on la considère comme principe premier des opérations qui conviennent à ce degré d'être. On parlera donc indifféremment d'une seule nature ou essence ou enfin d'une seule substance identiquement commune aux Trois Personnes. La substance, à l'encontre de l'accident destiné par essence à exister en autrui ce qui est éminemment le cas de l'essence divine.

Une personne, c'est une nature intelligente en tant qu'elle subsiste en soi, qu'elle se tient dans l'être pour son propre compte, décou­vrant pour ainsi dire, un champ de gravitation autonome, dont la personnalité serait l'axe idéal. Ce qui peut s'exprimer encore, au moyen d'ure autre image, en concevant tous les pouvoirs d'agir qui constituent une nature donnée comme autant de rayons, dont la personnalité est cet élément difficilement exprimable qui assure précisément à cette nature intelligente la dignité de personne, ­serait le foyer. Nous affirmerions donc ici un triple foyer dont chacun pourtant diffuse identiquement les mêmes rayons : chaque personne s'appropriant toute la même substance divine que la constitue, suivant un mode propre et incommunicable aux deux autres. Dans l'ordre créé, chaque personnalité émerge, et pour ainsi dire cristallise, au contraire, au sein d'une nature distincte de celle dont s'étoffe une autre personnalité.

Essayons maintenant de vivifier ces notions et de nous les rendre plus proches en partant de la vie de notre propre esprit.

Nous avons une conversation avec nous-même qui est notre vie intime. C'est par elle que nous prenons idéalement possession de nous-même et de tout ce qui peut être accessible à notre connaissance. Tout ce qui n'entre pas dans ce dialogue, cette conversation en effet nous dédouble en quelque sorte au point même que nous nous parlons à la deuxième personne " Tu feras telle chose " est pour nous comme n'étant pas. Nous ne connaissons rien que nous ne proférions au-dedans par le moyen de cette parole, de ce verbe où notre acte de connaître se termine. C'est donc aussi par lui que nous nous disons à nous-même ce que nous pouvons savoir de nous-même.
Verbe fuyant qui se reprend sans cesse, qui laisse souvent échapper de nous ce qu'il nous importerait le plus de connaître et qui n'arrive jamais à l'expression complète de ce que nous sommes. Verbe balbutiant et fragmentaire qui réveille en nous, pour nous, un Amour aussi précaire aussi instable, aussi mélangé que lui-même. C'est dire que notre esprit s'opposant à lui-même dans ce verbe image de lui-même, dans la mesure où le sujet connaissant s'oppose à l'objet connu, est de nouveau relié à soi au titre de l'objet aimé, par l'Amour que suscite en lui l'image de soi-même que lui offre son verbe.
Cette vie imparfaite de notre esprit nous fournit l'analogie que nous cherchons.
Nous ne pouvons qu'affirmer, en effet, de toute intelligence, quelle qu'elle soit, le pouvoir de se connaître elle-même et ce retour d'amour que ne peut manquer de provoquer la présentation de soi-­même à soi-même. Mais en attribuant à Dieu le pouvoir de se connaître lui-même, et ce retour d'amour qui le suit, nous serons bien obligés, selon les exigences de l'analogie, de concevoir d'emblée que les choses ne se passent point en lui comme en nous, et que son verbe, sans aucune reprise, s'épuisant d'un seul coup tout entier, lui offre, par une seule diction, une expression absolument parfaite, une image adéquate de lui-même et que le retour d'Amour qu'il provoque est l'attachement spontané, indéfectible d'un seul élan total et infini­ment pur au souverain bien qui est son être même.
Mais tout cela ne dépasse point ce que la raison laissée à elle-même est en état de conclure. La Révélation seule nous fait pénétrer plus avant : ce verbe est une Personne, en qui tout l'être divin qui lui est communiqué, s'oppose à celui qui le communique, comme l'engendré à celui qui engendre, comme le Fils au Père, comme celui qui reçoit, mais qui reçoit tout - à ce lui qui donne - mais qui donne tout­ tout ce qu'il a et tout ce qu'il est : le Père et le Fils ne se distinguant que par cette opposition toute relative qui d'ailleurs les réfère l'un à l'autre - le Père n'étant Père que par rapport au Fils - le Fils n'étant Fils que par rapport au Père - leur personnalité tenant tout entière à ce rapport d'origine étant lui-même, en langage technique, relation subsistante. Tout ce qu'il y a d'être en elle -en cette personnalité - se retrouvant identiquement dans l'une et dans l'autre comme reçu dans le Fils, comme source dans le Père.
Et ce retour d'Amour qui résulte en tout être intelligent de la connaissance de soi, nous ne le concevons plus ici comme allant de soi, au titre de sujet aimant, à soi au titre d'objet aimé mais d'une Personne à une Autre, du Père au Fils, par une étreinte réciproque, par un élan qui de nouveau s'hypostasie, où tout l'être divin, derechef tout entier, communique, donne lieu à une troisième personne, à une troisième relation subsistante : le Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils par voie d'Amour, comme le Fils est engendré par le Père par voie d'intellection.
Chef-d'œuvre de la vie de l'Esprit, trois moi distincts - dit à peu près le Père Garrigou-Lagrange - vivant de la même vérité, dans un seul et même acte d'Amour. Chef- d'œuvre de la vie de l'Esprit, où la vérité ne s'offre plus comme une proposition, comme un jugement ou un raisonnement, comme une image ou comme une espèce : vicaires de l'objet, mais comme une Personne vivante dont la contemplation aimante livre toute vérité.
Ici prend fin seulement, si l'on peut dire, pour la créature qui aspire à l'unité d'une vision simple, le conflit du concret et de l'abstrait, de l'intellectualisme et du volontarisme, de la raison et du cœur : l'intelligence délivrée par la lumière de gloire baignant dans sa source vivante, dans la mesure même où l'Amour lui donne d'entrer en elle, dans cette source.
Ce n'est qu'un espoir maintenant, mais quel repos pour l'esprit d'entrevoir la possibilité de cet accord ! Chef-d'œuvre de l'Amour, ineffable diffusion, où ce n'est pas le semblable qui est suscité en l'être aimé, mais le même sans réserve lui est donné.
Le Père humain évoque en son fils une vie semblable à la sienne. Ce n'est pas vraiment sa vie qu'il lui donne. De même, le Maître suscite en son disciple une science semblable à la sienne, il ne peut faire passer directe­ment sa science en l'esprit de son élève. Et quand une mère serait prête à mourir pour un fils qui s'égare, elle ne peut lui donner sa vertu, mais tout au plus implorer, mériter, préparer l'éclosion en lui d'une vertu semblable à la sienne.
De l'être le plus aimé, nous restons en quelque sorte exilés, comme il nous demeure toujours sur quelque point impénétrable. Impossible d'habiter vraiment en lui, de ne faire vraiment et totalement qu'un avec lui.
Mais ici, l'Amour dans sa plénitude, dans la plus absolue diffusion de soi-même, le Père donne tout ce qu'il a et tout ce qu'il est au Fils ; le Fils et le Père donnent tout ce qu'ils ont et tout ce qu'ils sont à l'Esprit qui s'offre à eux selon tout ce qu'il est, comme le don qui les relie - dans la totale circumincession des Personnes, chacune étant tout entière en tout l'Autre. Et ce qui distingue, opposition d'origine, étant encore ce qui réfère, ce qui relie et unit - enfin l'Amour même.
Chef-d'œuvre de beauté : la beauté résultant dans l'être créé de l'ordre, toujours précaire, qui ramène à l'unité des éléments extérieurs les uns aux autres qui se font mutuellement équilibre. La beauté résultant, ici, de l'ordre qui ramène à l'unité indissoluble d'une même essence, trois moi, trois personnes, parfaitement intérieures l'une à l'autre.
Balbutiements certes. Mais tout de même, entrevoir aussi pour que ce soit : la pure vie de l'Esprit, la pure vie d'Amour, la pure vie de la Beauté - Quelle perspective...
Vie d'Intelligence, vie d'Amour, vie toute de Beauté. Et comprendre enfin, à tout le moins, que Jésus nous a ouvert ces abîmes, non pour opprimer notre esprit, mais pour le délivrer de ses limites et de ses contradictions et voir dans la Révélation de ce Mystère, qui est le grand secret du Cœur de Dieu, le gage le plus touchant de l'amitié divine :
 
" Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis­
" Car le serviteur ignore ce que fait son maître
" Mais pour vous, tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître.
Gage d'amitié au sens le plus authentique, le plus incompréhensible, par où débute justement notre initiation chrétienne qui situe le petit enfant au niveau du plus formidable secret, quand sa mère lui fait dire : " Au nom du Père - et du Fils - et du Saint-Esprit "
Voilà ce qu'un signe de croix peut donner à penser.