Septembre 2005

Textes publiés en septembre 2005.

On sera toujours tenté de ramener le christianisme à une religion, et à une religion comme les autres.

Un Dieu " pur dedans " ne peut se donner qu'à un dedans.

Il est certain qu'on n'a pas suffisamment pris conscience de l'étrangeté du christianisme, de l'étrangeté du Dieu qu'il confesse, et de ce que cette étrangeté, si l'on peut dire, joue en faveur de sa crédibilité. Cette étrangeté est telle que le christianisme ne devrait plus apparaître comme une religion mais comme une Personne, une Personne à laquelle le chrétien est appelé à s'identifier, mais aussi une Personne d'abord infiniment humiliée lorsque le Christ s'est fait l'un des nôtres puisqu'Il a été condamné à mourir ignominieusement : cette fin tragique ignoble est voulue par le Dieu Amour, sachant bien que Ce Fils de Dieu devenu Fils de l'homme, livré à sa merci, doit en souffrir infiniment.

Jésus-Christ veut aller jusque là, c'est la volonté du Père, du Fils et de l'Esprit, sachant très bien que, mourant ainsi, Il dérange toutes les religions dont les hommes ont eu, ont et auront encore l'habitude. Les " religieux ", ces religieux qui condamnent à mort le Christ, le font parce qu'ils sont complètement perdus avec Ce Christ venu pour eux pour détruire leur religion, aussi vont-ils le condamner et faire mourir. Et ce sera cette mort et la résurrection qui suivra qui deviendront étrangement le fondement de ce qu'on ne peut plus appeler alors une nouvelle religion tellement elle est différente de la leur et de toute autre religion.

C'est certainement la grande différence du christianisme, c'est beaucoup plus qu'une différence, par rapport à toutes les (autres) religions. Aussi sera-t-on tenté sans cesse tout au long de son histoire de ramener le christianisme à une religion comme les autres. Et on peut sans doute dire que c'est parce que l'Islam se présente comme une religion " normale " qu'il connaîtra tant de succès et attirera tant de monde : on est beaucoup plus à l'aise avec l'Islam qu'on peut voir comme une authentique religion selon la première conception des hommes ! Avec l'Islam on nous dit de façon claire les pratiques que l'on doit observer pour être nécessairement sauvé. Quelqu'un qui meurt sur une croix, c'est infiniment moins évident !

C'est sans doute aussi la raison pour laquelle l'Islam se croit voie nécessaire de salut pour tout homme, alors que le christianisme croit en la possibilité de salut pour tous les hommes, quelle que soit finalement leur religion. Souvenons-nous ici de ces musulmans algériens qui pleuraient à l'enterrement d'un prêtre français qui avait été leur meilleur ami, justement parce qu'ils savaient dans leur religion qu'il ne pouvait pas être sauvé n'étant pas musulman, et qu'ils ne le reverraient donc jamais.

Bien sûr le chrétien sait et croit qu'il est sauvé en et par Jésus- Christ, en et par l'Eucharistie, mais il sait aussi et croit que tout homme peut être sauvé même s'il ne connaît pas Jésus-Christ sous son nom, et si la vraie charité, vertu essentielle parce qu'elle configure l'homme au Christ en parfaite offrande, lui confère une vraie connaissance de cette Personne, celle de l'identification, même s'il n'a jamais appris à Le nommer ni n'a pu le faire.

Il ne s'agit pas de condamner l'Islam, même pas de le juger, mais il faut voir le " plus " transcendant qu'ajoute le christianisme à toute religion, et qui joue finalement en sa faveur.

Un chrétien ne doit plus mettre de limite à sa générosité, au don qu'il est devenu, au don qu'il doit devenir, s'il veut authentiquement ressembler à Jésus-Christ qui prend possession de tout son être et qu'il devient en L'imitant dans son don parfait.

" Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ! Pour moi vivre, c'est le Christ ! " Il y a chez Paul, il y a en Paul, toute une série d'expressions manifestant cette foi et ce désir d'identification en voie de s'accomplir. Le chrétien le plus authentique ne peut que prendre les paroles de Paul dans tout leur sens et tenter de se les appliquer. Il n'est donc plus question en christianisme de religion à proprement parler, c'est-à-dire de relation avec Dieu fondée sur la fidélité à des pratiques, il s'agit bien d'une façon transcendante de vivre désormais comme n'étant plus soi mais un Autre, comme n'étant plus que vivant soi dans un Autre, comme cela est vécu éternellement en le Dieu Trinité, à l'image et selon la ressemblance duquel tous les hommes sont créés et sauvés et doivent apprendre à vivre.

Ici sont des modèles parmi beaucoup d'autres les Vincent de Paul ou bien, tout proches de nous, les " mère Theresa " ou les " Ceyrac ". Ils sont des mystiques aussi authentiques que Jean de la Croix ou la petite Thérèse de la Sainte Face. Beaucoup plus que par leurs paroles ils évangélisent par ce qu'ils sont devenus, en Celui qu'ils sont devenus.

La Vierge Marie, dès l'instant qui suit la conception de Jésus en elle, part, elle part ! Elle est en charité parfaite qu'elle va montrer, immédiatement après avoir dit à Nazareth son OUI, elle part à Aïn Karim chez sa cousine Elisabeth, et il est tout à fait normal alors, selon l'étrangeté du christianisme qu'elle porte, que l'Esprit jaillisse d'elle sur le petit Jean-Baptiste et sa mère pour leur communiquer le même don d'eux-mêmes.

Dans les religions " habituelles " il s'agit toujours de la fidélité à un certain nombre de pratiques. Dans le christianisme, il s'agit de l'identification à une Personne, il s'agit de laisser vivre pleinement cette Personne en celui qui croit en elle.

On disait jadis : " Sacerdos, alter Christus ", le prêtre est un autre Christ. Cette identification doit se faire en tout chrétienne. L'Eglise est un peuple de prêtres s'identifiant au Christ et devenant en cette identification le Corps même, un corps d'Epouse, ce corps mystique qu'est l'Eglise. Et les pratiques demandées en christianisme, car bien sûr il y en aura, seront toutes pour permettre cette identification, et pour apprendre comment la vivre.

Les pratiques en christianisme n'ont ni ne peuvent avoir aucun effet magique. En christianisme l'effet de la pratique est toujours vers cette identification en Eglise et pour la rendre toujours plus réelle, plus " concrétisée ".

Cette identification est nécessaire parce qu'il n'y a que le Christ qui soit vivant de vie éternelle : Il est la vie, Il est la vie éternelle, il n'y a aucune vie réelle en dehors de Lui, et l'on ne peut donc vivre éternellement qu'en et par cette identification.

La façon du Christ, celle de l'Esprit en Lui, est toujours de donner, de transmettre la vie éternelle et elle n'est ni ne peut jamais être extérieure à celui qui la reçoit, Il ne la donne pas de la main à la main même si on peut recevoir la communion dans la main. Sa façon de la donner est toujours selon l'intériorité de celui qui la reçoit et proportionnée à la qualité réelle de cette intériorité.

Bien sûr l'Eucharistie, la communion, sera toujours sacrement de l'offrande réelle et parfaite du Christ, mais elle n'aura aucun effet, voire elle pourra avoir un effet contraire, si celui qui la reçoit ne connaît ni ne vit aucunement selon son intériorité. Aller recevoir la communion simplement et seulement en suivant le mouvement d'une foule ou d'un groupe n'a pas de sens sans un minimum d'intériorisation et d'offrande personnelle de soi : un Dieu " pur dedans " ne peut se donner qu'à un dedans, qu'en le dedans que l'homme est en train de devenir.

D'un auteur inconnu :

"Il y a dans la vie de Jésus des choses qui ne peuvent pas s'expliquer s'il n'est pas Dieu.

La mort de Jésus est un tel scandale que, s'il n'est pas Dieu, c'est inconcevable.

Et on ne voit pas comment on aurait pu inventer un tel Dieu.

Ce qui me parait fascinant dans le catholicisme et dans le christianisme, c'est que je ne vois pas comment quelqu'un aurait pu imaginer un Dieu qui meurt comme un brigand : c'est impossible !

Et aucune religion n'a présenté un Dieu pareil, et c'est la force du christianisme, c'est ce qui fait que ça nous dépasse complètement et que ça nous appelle au dépassement.

Les autres religions n'ont pas ça, elles s'affirment ! Alors que le christianisme aime s'affirmer par la perte de son affirmation.

C'est ce qui fait que le christianisme est inconcevable et que, si on le prend tel quel, soit on le refuse en bloc, soit on adhère ! Mais il est difficile de rester indifférent.

Les autres religions sont pour moi trop ancrées dans l'histoire et pas assez dans le lien direct avec Dieu. Le christianisme est ancré dans le lien direct avec Dieu. Les religions orientales me semblent être davantage de l'ordre du perfectionnement intérieur que de la foi en Dieu, elles sont plus une sagesse qu'une foi, et cette sagesse mène à Dieu, j'en suis persuadé, comme l'Islam également.

Mais comme religion, moi, je ne peux en concevoir qu'une seule qui est la religion catholique parce qu'il y a en elle le Christ qui explique l'Esprit-Saint, parce que c'est la seule foi qui soit, j'allais dire, irrationnelle, parce que c'est la seule religion dont les fondements soient irrationnels. On ne peut donc pas l'avoir inventée !

On ne peut pas avoir inventé ce Dieu-là, surtout en pleine occupation romaine."

Je ne sais pas de qui est ce texte. Le raisonnement ici apporté voudrait apporter une preuve inattendue non seulement de l'existence de Dieu, mais de ce que, être Dieu dans le christianisme, bouleverse complètement, et de façon inimaginable, toutes les idées que les hommes pouvaient se faire de Dieu jusque là.

Et aussi il vous est sans doute arrivé que, contemplant un crucifix, et apprenant du christianisme que le Crucifié a pris sur Lui tous les malheurs des hommes, vous avez eu presqu'envie de vous révolter : " Enfin tout de même, Dieu ne pouvait-Il pas créer un monde où tout le monde aurait été parfaitement heureux, incapable de péché, et pour toujours ! C'eut été si simple et facile pour Lui, le tout- Puissant." Mais c'était impossible !

Là aussi, là surtout, le Dieu de Jésus-Christ nous déconcerte, pas seulement en mourant comme un brigand, mais plus encore par l'innombrable cortège de maux qui vont s'abattre tout de suite sur la terre qu'il crée, et qui vont perturber sans cesse ensuite tous ceux qui l'habitent : ne pouvait-Il pas sécuriser dès l'origine ce qu'il fait ?

Et puis finalement que nous apporte l'incarnation divine en Jésus-Christ ? Depuis les deux mille ans où ça s'est passé, les souffrances, les détresses, les malheurs n'ont fait que se multiplier et empirer, et aucun coin de la terre, ni en aucun temps, n'est épargné : pourquoi ce déluge de gens si malheureux ?

Dieu se révèle dans un crucifié ! C'est inepte. Ca lui était tellement facile de faire les choses autrement et de se révéler partout, toujours et à tous, comme il l'a fait au Sinaï ou au Thabor mais, hélas, seulement à quelques privilégiés !

Peut-être faut-il se souvenir ici de deux choses. La première, c'est que le Dieu de Jésus-Christ crée en même qu'il est, c'est-à-dire éternellement, parce que il ne peut pas y avoir un temps où Il est, et un second temps où Il crée. Et, quand il recrée le monde en y incarnant le Fils, la vie éternelle qu'il offre à l'homme est bien une vie qui n'a ni commencement ni fin, une vie contemporaine de toute la vie de Dieu. La vie même de Dieu

La seconde, c'est que le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu Père, Fils et Esprit, le Dieu Amour ne peut pas créer et sauver le monde autrement qu'Il le fait en Jésus-Christ. Parce que Dieu ne peut créer et re-créer que selon ce qu'il est, que selon l'Amour qu'Il est.

L'Incarnation rédemptrice nous apprend que, même pour Dieu, et éternellement, ce n'est pas facile d'être Dieu ! Il crée et sauve le monde par un éternel et libre choix, mais ce choix ne fait qu'un avec l'Amour qu'Il est et Il est en quelque sorte, lié le premier...

Dieu ne peut pas ne pas créer, et Il ne peut pas créer un monde différent de celui en lequel Jésus-Christ s'incarne. Et il ne pouvait se révéler de façon parfaite qu'en mourant comme un brigand. La totalité des péchés des hommes qu'Il prend sur Lui a fait de Lui un scélérat. Rien ne pouvait être mieux autrement.

Le Christ dans le cœur de l'homme est toujours en élan de parfaite offrande.

On ne saurait trop recommander au chrétien l'adoration du Saint Sacrement. Elle est toujours à la fois préparation et action de grâces de la célébration eucharistique. Elle doit constituer le moment par excellence où l'on développe et fait grandir en soi l'offrande de tout nous-même. On aime se prosterner devant le Saint Sacrement, le contempler puis se recueillir pour actualiser sans cesse l'offrande tout nous-même, et l'on a tout à fait raison. L'adoration eucharistique est, avec d'abord la célébration eucharistique, le moment par excellence de cette offrande, ET dans cette offrande toujours est présente, toujours doit être présentée, l'humanité entière, n'étant et ne pouvant être elle-même dans sa vérité que dans cette offrande.

Peut-être n'avons-nous pas remarqué suffisamment comment toute vie religieuse, toute consécration au Seigneur doit s'exprimer toujours par cette offrande parfaite de soi.

A la fin des grands exercices spirituels de Saint Ignace, après quatre semaines de prière et contemplation, tout s'achève, et tout commence ! Par cette admirable supplique : " Sume et suscipe, Domine, Prends et reçois, Seigneur, universam meam libertatem, ma complète et entière liberté, accipe memoriam, intellectum atque voluntatem omnem. Accepte ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Quidquid habeo vel possideo, Tout ce que j'ai ou possède, id tibi totum restituo, je te le remets entièrement. Ac tuae prorsus voluntati trado gubernandum. Et plus encore je te le confie pour que tu le gouvernes comme tu le voudras. Amorem tui solum cum gratia tua mihi dones et dives sum satis, donne-moi seulement ton amour avec ta grâce, et je suis comblé, nec aliud quidquam posco. Et je n'ai plus rien à demander en plus. "

Nous affirmons souvent la présence de Dieu en tout homme, sans peut-être nous rendre bien compte que c'est beaucoup plus qu'une simple présence. Le Christ, en le cœur de chaque homme, est toujours parfaitement offert au Père, au Fils et à l'Esprit. Sa parfaite offrande est inscrite à l'intérieur, est inscrite en l'intériorité de chaque cœur d'homme. Tous les cœurs d'homme sont en attente d'Eucharistie. C'est cela que la parfaite offrande du Christ sur la Croix, offrande pour tous les hommes, nous apprend dans son quotidien renouvellement, dans sa réactualisation sacramentelle, lorsque l'homme prend sa part à l'Eucharistie. En communiant au Corps du Christ, on communie à l'humanité entière, pour que toute entière elle devienne parfaite offrande au Père, au Fils et à l'Esprit.

L'Eucharistie n'est pas célébrée simplement et seulement pour actualiser cette offrande dans le cœur de l'homme, mais aussi et surtout pour donner à l'homme la force d'y répondre. Et l'offrande de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est bien, comme on ne cesse de le dire, le sacrement de l'offrande parfaite du Christ devenant celle de l'homme appelée à " compléter " ce qui manque à Celle-ci, appelée à lui donner son complément sans lequel elle n'aurait aucun sens, appelée à lui donner la plénitude de tout son sens qu'elle ne peut avoir sans la réponse de l'homme en devenir d'offrande parfaite.

Et le sens de l'adoration eucharistique n'est pas seulement de nous prosterner devant une présence, tout à fait réelle, de l'Humanité de Jésus en ce sacrement, ce prosternement, cette adoration est pour nous entraîner, pour nous faire nous élancer dans Cette offrande pure et parfaite en et par la nôtre.

L'adoration eucharistique est pour donner à l'homme désir et force de cet élan. Elle peut jouer un rôle irremplaçable en donnant à ceux qui la pratiquent, en imprimant en eux, comme une autre façon de célébrer l'Eucharistie, où tous les assistants sont concélébrants, et d'y prendre ainsi, de façon tout à fait active, leur part.

Éternellement au Paradis nous serons en état, en élan d'offrande parfaite, comme chaque Personne divine, au cœur de la Trinité, l'est de façon qui dépasse transcendantalement tout ce que peut comprendre l'homme ici-bas. Il nous faut commencer à vivre dans cet état dès ici-bas.

ET c'est pourquoi l'Eucharistie est le sacrement qui donne la vie éternelle en donnant à l'homme de vivre, en lui apprenant à vivre comme éternellement il vivra en le Dieu Trinité. En l'Eucharistie il le vit déjà, la vie éternelle est déjà commencée. Le pain eucharistique est le pain qui donne l'Esprit pour l'apprentissage des mœurs éternelles de la vie trinitaire dans le parfait don de soi.

Tout ce qui dans notre vie ici-bas n'est pas offrande ou dirigé vers l'offrande n'a plus aucun sens ni durée, et ne peut aucunement être inscrit dans le grand livre de l'histoire du salut et du bonheur de Dieu en les hommes et du bonheur des hommes en Dieu. Tout ce qui ne peut pas être inscrit dans ce livre est néant.

Homélie - Notre Dame du Valentin, Lausanne, à - 30 décembre 1962 (livre "Ta parole comme une source" pp 74-75)

Le Dieu qui s'incarne en Jésus-Christ nous introduit au secret de l'être.

Il ne faut jamais oublier que la parfaite unité divine est fondée sur sa " trinitarité " : Dieu est parfaitement un parce qu'Il est " trine ". C'est la perfection de la relation de chaque Personne divine aux deux Autres qui éternellement construit l'unité parfaite du seul vrai Dieu. Cette unité est, si l'on peut dire, extrêmement positive, puisque c'est cette unité qui est créatrice et salvatrice de toute la Création parce qu'elle est trine : la création ne sort du néant, éternellement, n'est opérée par Dieu éternellement que parce que Dieu est Trinité.

Toute prière chrétienne devra toujours être trinitaire parce qu'on ne peut pas s'adresser à l'une des trois personnes divines sans s'adresser en même temps aux deux autres. On ne peut prier que le Dieu Trinité puisqu'il n'y a pas d'autre Dieu. On devra y revenir...

Il faudra développer cela tout au long de cette seconde série de textes qui veulent tous tenter de faire découvrir sous Son visage trinitaire le seul vrai Dieu à l'image duquel l'homme est créé et sauvé.

Nous fêtons aujourd'hui la fête des anges, dévotion particulièrement difficile et dont on parle peu dans l'Eglise parce qu'on ne sait pas bien comment nous représenter les anges : ils sont, comme Dieu, de purs esprits. Ils sont donc facilement pour nous comme inexistant puisque nous ne pouvons aucunement les percevoir, les sentir, les toucher par nos sens d'homme, et toute connaissance part de nos sens.

Beaucoup de personnes bien intentionnées ne croient pas à l'existence des anges ! On les comprend puisque le fait qu'ils sont de purs esprits exige un acte de foi comme l'exige Dieu lui-même pur le premier. Mais Dieu s'est incarné pour que les hommes puissent Le connaitre, les anges, eux, ne s'incarnent pas même s'ils ont pu apparaître sous des traits d'homme qui ne sont aucunement les leurs ! Le vrai Dieu n'existe et n'est connaissable par nous que parce qu'Il s'est fait homme, et est donc devenu expérimentable en Jésus-Christ à partir de nos sens.

Quand on veut commencer à parler de Dieu, il faut toujours commencer par le développement de l'importance capitale et première de la relation. Ce que Zundel a toujours fait.

En introduction à cette seconde série de textes zundéliens, lisez, en exemple, cette homélie donnée à Lausanne, à Notre Dame du Valentin le 30 décembre 1962

" On ne saura jamais tout ce que représente de libération, de grandeur, d'élargissement, de liberté, de dignité, de splendeur, de beauté, cette initiation qui nous a été donnée par Jésus au monothéisme trinitaire.

Le monothéisme Unitaire, c'est-à-dire le monothéisme où Dieu était considéré comme un être solitaire, est quelque chose de déconcertant et, si l'on ose dire, de presque scandaleux. Car comment situer ce personnage qui se regarde, qui tourne autour de soi, qui ne peut aimer que soi en ramenant tout à soi : quelle ressemblance peut-il avoir avec les élans de la générosité humaine ? Il semble, devant un dieu solitaire, que l'homme soit plus parfait que Dieu, puisque l'homme est capable de se perdre de vue et de vivre totalement pour autrui et en lui.

C'est de ce cauchemar effrayant que Jésus nous a délivrés en rendant témoignage au mystère qui était le mystère même de sa vie, car, tout ce que Jésus nous dit de Dieu, Il l'emprunte à son expérience, c'est Sa vie qui s'exprime dans son message, et c'est parce que justement II est tout enraciné dans le monothéisme trinitaire qu'il peut nous le révéler d'une manière définitive en imprimant dans nos âmes le sceau d'une éternelle liberté.

Car, dire que Dieu n'est pas solitaire, c'est immédiatement dire que la vie de Dieu va vers un Autre, que la vie de Dieu est Charité et. comme dit le Pape Saint Grégoire, qu'il n'y a de charité véritable que si l'amour va vers un Autre. La vie divine apparaît ainsi toute entière concentrée, exprimée, dans ce don mutuel du Père au Fils, et du Fils au Père, dans l'unité du Saint-Esprit. Cela veut dire que 1'existence divine est une existence de don qui a son foyer dans les relations intra-divines.

Gaston Bachelard, le grand philosophe, le grand Sage, qui vient de mourir, a écrit un jour en commentant un admirable roman, il a écrit : " Au commencement est la relation." Ce mot est d'une magnificence inépuisable, et il se situe en plein cœur du mystère chrétien : " Au commencement est la Relation."

C'est cela, nous étions tentés, et nous le sommes toujours dans la mesure où nous ne vivons pas de Jésus-Christ. nous sommes toujours tentés de faire de notre existence 1'affirmation égocentrique de nous-mêmes, nous sommes toujours tentés de nous affirmer contre les autres en les dominant, en rivalisant avec eux, en les diminuant ou en les méprisant, parce que 1'existence chez nous prend comme naturellement cette apparence narcissique d'un retour constant vers soi-même : notre moi, c'est une pente vers nous-mêmes, où nous sommes constamment englués dans nos automatismes passionnels et où nous tournons constamment le dos à notre liberté et à notre dignité.

Le dieu solitaire, du moins conçu comme solitaire par les hommes, semblait confirmer ce narcissisme, et on ne voyait pas pourquoi l'homme devrait sortir de lui-même si dieu est enfermé en lui-même. Mais Jésus justement en nous introduisant dans le monothéisme trinitaire, nous situe immédiatement au cœur de la charité la plus brûlante et la plus généreuse, et nous savons qu'en Dieu il n'y a qu'une seule manière d'exister, c'est de se donner.

Et, si Dieu existe en forme de don, si Dieu n'a de prise sur son être qu'en le communiquant, si tout en Lui éternellement est Amour, quel lien pourrait-Il contracter avec nous, que pourraient signifier Ses rapports avec la Création sinon justement une réciprocité d'amour Il ne peut pas dominer, ça n'a pas de sens ! Il ne peut pas nous écraser, c'est impossible ! Il ne peut vouloir de Lui à nous que ces rapports de liberté que nous contractons d'ailleurs tout à fait spontanément avec la Vérité qui est un autre Nom de Dieu.

La Vérité ne nous apparaît pas comme une menace, comme une contrainte, mais tout au contraire comme une liberté, comme un espace, elle nous comble, et les plus grands savants connaissent cette joie merveilleuse qu'ils appellent la joie de connaître, où l'on est dans un autre et pour lui.

C'est ce que fait Dieu éternellement : Il est une éternelle naissance d'amour dans une parfaite et absolue communication, et II nous introduit ainsi au secret de l'être. Il nous jette au cœur de 1'existence prise dans son sommet en nous apprenant que, exister au sens vrai, exister authentiquement, c'est se perdre de vue et se donner.

C'est ce qui détermine précisément la révolution chrétienne qui enrichit d'une manière incomparable les catégories de notre esprit puisque à la fois c'est la relation maintenant qui devient 1'essentiel : au commencement est la relation, en même temps qu'elle détermine une nature essentiellement nouvelle du bien et de la vertu. "

(On peut retrouver cette homélie dans " Ta parole comme une source " aux pages 74 et75.)

L'urgence d'un nouvel usage des petits écrans ?

L'urgence qu'y apparaissent et transparaissent une diction, une présentation des vrais mystères seuls libérateurs de l'homme.

Que penser de KTO ? Ils ont envoyé un questionnaire... Difficile de répondre. Peut-être l'essentiel, ou du moins ce qui peut sembler devoir l'être pour une chaîne chrétienne, n'y apparaît-il qu'à peine ou pas du tout ?

Les animateurs de KTO sont des salariés, connaissant certainement très bien leur métier et l'exerçant de la meilleure façon. Devraient-ils être aussi et d'abord des connaisseurs de la mystique chrétienne pour que la chaîne qu'ils animent devienne authentiquement chrétienne ?

J'ai écouté et regardé le témoignage de quelques VIP. Parmi eux un ancien petit séminariste n'ayant pas gardé le meilleur souvenir de ce temps de sa vie. Adulte, il est devenu chanteur et a témoigné plusieurs fois sur KTO, surtout de son doute. L'échange m'a laissé une impression mitigée : était-ce vraiment un VIP (Vraiment Impressionnante Personne) capable d'impressionner chrétiennement les auditeurs ? Certainement pas. Aucune mise au point sur le doute n'a suivi l'échange, on en est resté à une sorte de confirmation comme quoi on peut très bien et très honnêtement douter de la foi chrétienne : est-ce normal sur une chaîne chrétienne ? Aucune mise au point n'a suivi : l'interlocutrice en était-elle capable ?

Il m'arrive la nuit de regarder un instant ce que KTO nous montre aux heures plus que tardives : hier c'était une longue publicité sur les sous-vêtements féminins ? Un insomniaque, assailli peut-être par de noires pensées, et trompant son insomnie en ouvrant KTO, une chaîne chrétienne, avec le vague espoir d'y trouver réconfort, aurait-il été satisfait ?

Encore une fois il ne s'agit pas ici de faire des réserves sur la façon dont les animateurs s'acquittent de leur travail : ce n'est pas d'eux qu'il s'agit finalement.

Alors à quand une nouvelle chaîne spécifiquement chrétienne ?

Elle ne pourra naître et se développer que si elle est créée et tenue par les membres d'une nouvelle communauté, au service permanent de la présentation des mystères de Jésus-Christ émergeant de toute réalité terrestre quand elle est bien perçue ?

Une communauté de frères, de sœurs, vivant l'alternance entre de longues périodes de recueillement et silence, avec un minimum d'échanges, ET de longues périodes de parcours du monde entier pour y recueillir tout ce qui s'y vit de beau, de grand, de pur, de noble et d'élevant, pour nous le faire vivre ensuite sur une nouvelle chaîne accessible au plus grand nombre, particulièrement aux inactifs que la maladie ou la convalescence empêche momentanément de travailler ?

Mais en même temps nécessairement une communauté de frères et sœurs passionnés pour la vraie mystique chrétienne et l'étudiant, et la vivant, et apprenant à la connaître et vivre chaque jour, chacun à sa mesure.

Il pourra s'agir principalement de la mystique zundélienne si peu connue encore, mais aussi de celle vécue par de nombreux saints tout au long de l'histoire de l'Eglise. La connaissant, s'étant efforcés au moins d'entrer dans sa profondeur, et s'efforçant de la vivre, ces frères et sœurs seront à même de tenter de la faire vivre aux autres au cours des émissions de la nouvelle chaîne. Le ton sera tout autre que celui des professionnels habituels de la télévision.

Une chaîne qui ne se lassera pas d'exposer, de proposer, une lecture approfondie des mystères de Jésus-Christ à partir de ce qui se vit de meilleur dans le monde, sur la terre d'aujourd'hui jusque dans ses recoins peut-être jamais visités par les professionnels du petit écran ?

Il y a urgence aujourd'hui si l'on veut faire un tout petit quelque chose pour que ne se multiplient pas, et à grande vitesse, le nombre des casseurs de tout genre, en même temps que celui des suicidaires.

Il faudra faire en sorte, dans la mesure du possible et de l'impossible, que tous puissent avoir accès à ces expositions et propositions dès le jeune âge, de plus en plus, de plus en plus tôt, (on peut trouver, en tous autres domaines, aujourd'hui des logiciels pour les enfants de 2 ans ! Et les consoles de jeux se vendent par millions !)

Il ne s'agit pas de contrecarrer ces initiatives mais, avec le temps, de travailler en sorte que d'autres logiciels, d'autres consoles de jeux, paraissent aussi ! Elles ne peuvent être valablement composées que par d'authentiques mystiques chrétiens.

Il est impossible que personne ne s'intéresse à ce projet. Va-t-il surgir des jeunes prêts à accomplir ce qui est appelé à devenir une véritable mission d'Eglise aujourd'hui ?