Suite 3 de la conférence donnée à Ghazir le 6 août 1959
La divinité n'a jamais fait autre chose que de « se promener » sur la terre puisque que la divinité est en nous. Elle se promène donc sur la terre en chaque homme. Le ciel est au-dedans de nous.
Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :
Reprise du texte : « Si nous nous plaçons devant cette affirmation: "Jésus est le Fils de Dieu", il faut immédiatement nous demander : "De quel Dieu parlons-nous ? De quel Dieu parlons-nous ?"
Suite du texte : Évidemment, si l'on pense à un Dieu qui est là-haut, derrière les étoiles, si l'on pense à la Cause Première de certains philosophes ou théologiens, si l'on pense à cette sphère parfaite tout enfermée en elle-même, que rien ne peut atteindre et qui est parfaitement indifférente à tout, si on pense à ce Dieu lointain et inaccessible, on ne voit pas comment et pourquoi il serait venu se promener sur la terre. Et l'objection, justement, que se font tous les hommes qui n'ont pas l'expérience des mystiques chrétiens ou que l'on veut forcer de reconnaître dans les textes évangéliques l'affirmation de la divinité de Jésus-Christ, c'est l'objection qu'ils font toujours : " Mais comment est-ce convenable qu'un homme qui est vécu, qui est passé dans la rue, comme nous pouvons voir un homme d'aujourd'hui passer dans la rue, comment est-il possible qu'un artisan de Nazareth qui a vécu trente-trois ans ait été le Créateur du Monde ? C'est absolument absurde, ça n'existe pas ! Vous n'allez pas nous faire croire que, dans cette vie humaine de trente-trois ans, la divinité ait été enfermée et soit venue se promener sur la terre ".
A quoi je réponds : " La divinité n'a jamais fait autre chose que se promener sur la terre, justement parce que la divinité est en nous.Autrement, si vous logez Dieu là-haut, là-haut, là-haut, si d'abord vous forgez une idole construite avec des mots et des idées, vous rendez l'Incarnation absolument incompréhensible ".
Mais justement - et notre Seigneur sera le premier à nous l'apprendre et d'une manière définitive - : " Le Ciel est au-dedans de nous ! " Le Ciel, c'est Dieu dans le face à face de cette lumière d'Amour qui est la vie éternelle.
Notre Seigneur, qui conduit la Samaritaine à la source d'eau vive qui jaillit en elle, Notre Seigneur, justement, fait tomber immédiatement cette objection massive et brutale. Elle ne signifie rien du tout parce que le vrai Dieu n'a pas à venir sur la terre, il y est déjà... Il y est déjà, comme saint Jean nous le dit : " La lumière luit dans les ténèbres. Les ténèbres ne la saisissent pas. Il est dans le monde. Le monde a été fait par lui et le monde ne le connaît pas ".
Le vrai Dieu, le Dieu vivant est toujours déjà là. Or c'est de ce Dieu-là que nous parlons : il n'y en a pas d'autre d'ailleurs ! Quand nous parlons de la divinité de Jésus-Christ il s'agit de l'éternelle divinité qui est toujours présente au monde, qui est toujours intérieure à la conscience humaine, qui nous attend toujours dans notre plus secrète intimité.
Dieu donc était déjà là. Il n'avait pas à venir et, et lorsque nous disons qu'il est descendu du Ciel, c'est une figure, une figure, une image qui signifie que, d'une certaine manière, Dieu va se manifester d'une manière nouvelle. Il n'a pas pu descendre d'un Ciel, d'ailleurs imaginaire, puisque le Ciel, les Anciens pouvaient l'imaginer là-haut, pour nous, nous savons qu'il n'y a ni haut, ni bas. Il n'y a pas de haut ni de bas pour une terre qui tourne sur elle-même et où les pôles changent constamment de position. Ca n'a pas de sens Il n'y a ni haut ni bas. Par conséquent, nous ne pouvons plus diviser le monde comme les Anciens, entre des régions qui sont en haut, des régions qui sont au milieu et des régions qui sont en bas. Ils pouvaient, avec ces images, avec leur géographie et leur cosmologie, ils pouvaient s'imaginer un ciel construit d'une matière extraordinairement précieuse, et au-delà duquel siégeait une divinité. Mais tout ça, c'était une imagerie que nous ne pouvons plus retenir, puisque nous savons que elle ne répond absolument pas à la cosmologie et à la physique d'aujourd'hui.
" Il est descendu du Ciel ", c'est une image admirable pour signifier la tendresse de Dieu qui s'incline vers nous.
Donc, Dieu est déjà là. Ce n'est pas lui qui a à venir. Il est déjà tout entier présent et il l'est en nous autant qu'il l'est en Jésus Christ, car Dieu ne peut jamais être autre chose que tout entier lui-même. Il est donc tout entier en chaque conscience humaine, il était tout entier dans les prophètes, il était tout entier dans les sages de l'Antiquité... Pourquoi est ce que sa lumière ne s'est pas transmise ? Pourquoi est ce qu'il a fallu Jésus-Christ ?
C'est parce qu'en Jésus Christ, justement, l'humanité va venir à Dieu, va venir à Dieu d'une manière absolument unique et incomparable. (à suivre)
08-09/03/10 - Le mystère de Jésus est une des réalités les plus difficiles à exprimer.
Notre Seigneur a laissé entendre qu'il y avait en lui un mystère ... à deviner.
Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier à GHAZIR (Liban) du 6 Août 1959, suite 2.
Zundel comme toujours affine la lecture de l'Evangile, cet affinement est aujourd'ui de plus en plus nécessaire.
Le mystère de Jésus, réalité très difficile à exprimer. Ne nous hâtons pas de dire que Jésus a affirmé qu'Il était Dieu et fils de Dieu.
Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :
Or, déjà le second point me paraît tout à fait discutable, parce que Jésus a été mis à mort, en fait ! Si ses miracles avaient été tellement convaincants, s'ils avaient été une preuve éblouissante, tout le monde se serait converti, tout le monde aurait cru en lui et on ne l'aurait pas condamné et crucifié.
Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :
... Et il accepta de mourir joyeusement à condition que Catherine l'accompagne jusque sur le champ de l'exécution, ce qu'elle promit et ce qu'elle fit et, le jour de l'exécution, Catherine fut la première au rendez-vous, elle mit elle-même sa tête sur le billot où Nicolas devait avoir la tête tranchée, elle le prépara à la mort et elle lui répéta jusqu'au bout le nom de Jésus et de Marie, enfin elle recueillit sa tête entre ses mains lorsque le bourreau lui eût donné le coup de grâce.
Voilà. Nicolas était mort, bien sûr, mais il était vivant, merveilleusement vivant parce que il avait fait de sa mort une offrande, un acte d'amour. Il n'avait plus peur, parce que son cœur était tendu vers le cœur de Dieu et il n'avait qu'un seul désir, voir ce Visage d'Amour qui était caché jusqu'ici dans son cœur.
Voyez comment Catherine a pu transfigurer, a pu changer radicalement le sens de cet événement pour Nicolas: ce n'était plus la mort, c'était la Fête-Dieu.
07/03/10 - Toute personne, c'est "Je " est un Autre.
Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier à GHAZIR (Liban) du 3 au 10 Août 1959
Jeudi 6 Août 1959 : 10 h.30.
Début de la conférence. La personne, c'est l'être humain quand il porte la résonance de Dieu. Des expériences à rappeler avant d'aborder le mystère de Jésus.
Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :
Rimbaud, le poète qui a tourné le dos à la poésie à l'âge de vingt ans pour aller faire du commerce en Abyssinie, Rimbaud dans Une saison en enfer, a forgé cette formule qui répond on ne sait à quoi dans sa pensée : « Je est un autre ». « Je est un autre », Qu'est ce qu'il a voulu dire ? Lui-même sans doute aurait été incapable de l'expliquer. Il se trouve que cette formule est d'une perfection telle que il est impossible de ne pas la reprendre pour évoquer, pour exprimer le mystère de la Personne, car on peut bien dire que toute personne, c'est " Je " est un Autre.
J'ai entre les mains un petit album consacré à la mémoire de Clara Haskil. Clara Haskil cette très grande artiste, cette artiste de génie qui est morte le 7 décembre 1960 à Bruxelles. Elle s'apprêtait à donner un concert quand un accident soudain la mena aux portes de l'agonie et elle mourut quelques heures plus tard.
Clara Haskil, comme vous pourriez le voir en feuilletant cet album, n'était pas une femme d'une très grande beauté, elle avait des lèvres épaisses et une maladie des os l'avait rendue bossue. Elle avait des cheveux blonds l'année de sa mort, elle était âgée de 65 ans, et pourtant, lorsqu'elle jouait, c'était une espèce de miracle et, lorsque elle apparaissait sur la scène après le concert, il y avait dans la salle un enthousiasme délirant parce qu'on ne voyait plus les lèvres épaisses de Clara Haskil ou sa bosse, ce qu'on voyait, c'était toute la lumière de son génie, c'était toute cette flamme intérieure, c'était tout cet amour qui avait fait de ses mains des mains de lumière qui répandaient la joie de la musique et, lorsqu'on apprit sa mort, ce fut un deuil dans le monde entier, car le monde entier avait eu le privilège de l'entendre et que tous ceux qui l'avaient entendue avaient gardé au fond de leur cœur le souvenir d'une présence ineffaçable.